Lune de mes nuits
Par Bones Pyropunk le 03/05/2013, 6h24 - Histoires - Lien permanent
[Une histoire en six parties]
*Première partie : Pensée compromise*
Ce matin, je me lève avec dans le cœur cet habituel sentiment de non complétude, une action que je n'ai jamais menée jusqu'à son terme. Une vague impression de déjà vu face à la personne en face de moi, mais, la tête ailleurs, je ne fais pas tout de suite le rapprochement.
Un solide petit-déjeuner pour les ambitieux, un simple verre de jus de pomme pour moi. Je me dirige vers la salle de bains, pour tenter d'effacer ces noires pensées qui tourbillonnent malgré cette auréole maintenant privée de toute magie. Mais le jet d'eau froide ne parvient pas à nettoyer mon cœur. Puis vient le brossage des dents. Moment monotone s'il en est. J'essaie de me libérer de ce poids qui m'accable, mais chanter en se brossant les dents n'est pas la meilleure chose à faire...
L'horloge de la cuisine égrène lentement les secondes qui me paraissent une fois encore des heures, tant je suis plongée dans cette profonde solitude. Je me mets en route pour le lycée, ce zoo d'êtres si divers, et pourtant tous si semblables à mes yeux.
Départ pour ce premier jour, nouvelle rentrée.
Arrivée devant cette structure rebutante, je ne sais plus pourquoi j'ose encore me montrer parmi ces étrangers. J'entre dans l'antre de l'animation. Cette masse informe et grouillante de vie ne me dit rien qui vaille, je l'évite. De jeunes filles se ruent sur moi dès qu'elles me voient. Un garçon les rejoint, puis encore d'autres gens. Il se forme comme un amas de cailloux tout autour de moi, qui ne suis qu'un grain de poussière. Je ne connais pas ces gens, pourquoi donc me parlent-ils ? Peut-être parce qu'ils me voient tous les jours depuis le débute de cette année, voire depuis l'enfance pour certains. Mais leurs visages ne sont que des masques, je ne sais pas à qui j'ai à faire. Pas plus qu'eux, d'ailleurs. Ils croient peut-être m'amadouer, avec leurs sourires mielleux, leurs paroles doucereuses, mais il n'en est rien. Ils pensent me connaître, en réalité ils ne voient que ce que j'ai su leur faire croire tout au long de ma vie.
Je me sens comme un enfant aux yeux ternes, au milieu de toute cette vie, de ces mouvements. Je me sens comme une étrangère, je ne parle pas leur langue, car je ne la trouve pas belle et pas assez subtile. Ils se contentent de borborygmes singeant la langue française et toutes ses variations. Une pâle imitation que même un enfant de trois ans ne se permettrait pas. Écorcher la réalité, cela ne mène à rien. Je voudrais leur crier de regarder, d'apprendre à lire et à parler, mais les mots se coincent dans ma gorge, empêchant toute communication.
L'activité autour de moi s'est intensifiée en un instant. Ou bien est-ce moi qui ai perdu toute conscience temporelle... Comme je n'ai encore rien dit, les gens près de moi me demandent si ça va, ce qu'il y a, ce qui me prive de parole. Bien sûr, que je vais bien ! Comment pourrait-il en être autrement, dans un monde glacé de méchanceté, de désintéressement ? Comment pourrais-je aller mieux que lorsque je vois la Terre qui meurt ? J'invente une raison en rapport avec la météo. Mais il fait beau, me dit-on. Le soleil me tue, m'entends-je répondre. Tu es un vampire ? Et moi de répondre bien sûr, prête-moi ton cou je n'ai pas déjeuné. Éclats de rire. Sourires. Comment pouvez-vous rire à de telles inepties...
Une sonnerie retentit. Aurais-je par malheur oublié d'éteindre le micro-ondes ? Non, je suis dans une cour... Ah, le premier cours de ma journée. Français. Si seulement je pouvais tranquillement me délecter de ce langage doux et paisible... Mais non, il y a tous ces autres, ces inconnus qui se disent mes amis.
L'heure se révèle pire encore qu'un cauchemar, les élèves crient, se jettent des choses à la figure, et les uns sur les autres, le professeur entame l'impossible ouvrage de calmer ces sauvages. Pardon, j'insulte les sauvages, mais je n'ai d'autre moyen de définir la cohue des élèves...
A présent, histoire. Ma matière favorite ! Ma bête noire, en fait. Je ne m'étendrai pas sur la description de ce cours
fastidieux.
Récréation. Moment tragique s'il en est, car je n'ai plus de quoi m'occuper... La solitude ressurgit.
Soudain, magnifique brillance dans cet édifice morose. Une pluie d'étoile serait-elle tombée subitement lors d'une seconde d'inattention ? Non, simplement un ange. Magique, féerique, irréel, il ne peut exister. Sans doute encore une fois le fruit de mon imagination. Ça y est, je comprends ce qui te perturbe depuis ce matin. Une voix dans ma tête ? Ce n'est que cette fille, dont j'ai oublié le nom, oh, enfin, celle avec qui je passe le plus clair de mon temps... Ou bien le plus sombre, comment savoir. Pas moyen de me rappeler son nom. Il te plaît, c'est ça, ajoute-t-elle. Mais de quoi parle-t-elle... Allez, avoue, mais qu'avouerais-je à une inconnue ? J'y suis, elle parle de mon ange... Tu lui as parlé, non bien sûr. Mais pourquoi aurais-je fait une telle folie ? Parler à un être imaginaire, au milieu de la foule ? Je ne suis pas encore assez déconnectée pour ça.
Sonnerie. Cours d'anglais.
Je ne me souviens déjà plus du numéro de la salle, il ne chante pas comme je l'aurais cru pour une salle de langue. Un éclat inhabituel, je tourne mon regard vers cette lumière, stupeur : l'ange. Impossible, il n'existe pas. Je cesserai bientôt de le voir partout. J'ai à peine conscience que ce premier cours se transforme en contrôle miniature. Le prof' nous rend nos copies par ordre croissant, je déteste ça, j'angoisse toujours. Les noms des élèves défilent, je ne vois même pas à quel visage ils correspondent. Il ne reste plus qu'une copie dans sa main. La mienne. Soi-disant. 20. Il paraît que je n'ai fait aucune faute. Cela me surprendrait bien, puisque j'étais si peu concentrée. Pourtant, c'est bien mon écriture... Mystère et boule de gomme.
Mathématiques. J'aime les chiffres. Pas celui qui indique le nombre d'élèves dans ma classe, bien trop élevé.
Nouvelle sonnerie. "Manger midiiiiii !!!" entends-je près de moi, des filles de ma classe. Apparemment, il est l'heure du repas. Je n'ai aucun appétit, comme d'habitude... Mais ces filles, je comprends qu'elles soient pressées, elles doivent mourir de faim : elles n'ont que la peau sur les os. "Oui, mais moi, je dois faire attention, je suis déjà trop grosse..." Un squelette avec un peu de peau qui se croit obèse. Dans quel monde vit-on...
Fin du repas. J'ai à peine grignoté mon pain. Pour faire bonne figure.
Je sors du self et me dirige vers la cour. Un mouvement ensoleillé, je sais qu'il n'est pas réel mais il s'approche de moi. Que fait-il encore là, illusion de mon coeur...
"Salut, on est dans le même cours d'anglais, je crois, non ?
-Euh... Oui, c'est vrai, enfin il me semble.
-Si je ne m'abuse, tu as obtenu une excellente note à ton devoir. Ce qui n'est pas mon cas : l'anglais n'est pas mon fort, bien au contraire. (C'est sûr, je rêve : aucun adolescent normalement constitué ne peut tenir ce genre de discours, élaboré, sans l'ombre d'une faute.)
-C'est vrai que j'ai été bien notée, mais je pense que le prof' s'est trompé, car je n'ai aucune réelle facilité, en aucun domaine. (Encore moins dans les relations humaines, me retiens-je d'ajouter.)
-Hum... Je ne te crois pas, fait-il avec un clin d'oeil. En fait, je venais te demander si... Enfin... Si tu pouvais me donner des cours, en quelque sorte...
-Et bien, c'est que... Comme je te l'ai dit, je ne suis pas si douée que tu sembles le croire...
-Mais tu l'es forcément plus que moi."
Finalement, j'ai accepté de donner des cours d'anglais à une illusion sortie tout droit de mon imagination. Décidément, mon cas s'empire de jour en jour.
Plus tard, dans l'après-midi, il est venu me trouver sous un arbre où je dessinais, seule, comme à mon habitude. Il m'a donné son numéro de téléphone, pour que je puisse le joindre en cas de problème, et j'ai consenti à lui donner le mien (ce que je ne fais jamais). Donner son numéro à un ange. Quelle aventure. Mais puisqu'il en avait besoin... J'étais prête à tout pour qu'il demeure parmi nous.
Le soir même, je rêvais à un ange qui viendrait me libérer de ma prison dorée, lorsque mon portable sonna. "Angel" s'afficha sur l'écran. J'ai décroché, espérant que ma voix ne serait pas trop voilée. Il m'a demandé comment s'écrivait mon prénom, et quel était mon nom de famille, j'ai fait de même après avoir répondu. Il m'a ensuite dit qu'il pourrait me retrouver tous les mercredis après les cours. J'ai supputé que je pourrais aussi, ce qui s'est avéré par la suite. On s'est dit au revoir, à demain. Cette nuit-là, j'ai rêvé de longues après-midi en sa compagnie, lors desquelles il m'apprendrait à voler, puisqu'ange il était.
Le mercredi suivant, on se retrouve sous ce même arbre, on s'installe pour parler anglais, et puis bien sûr on en vient à parler de la comédie musicale "Notre-Dame de Paris". Logique, n'est-ce pas ? Anglais, donc Paris... Le lien m'échappe encore. Il me demande ensuite ce que je pense de chacun des personnages.
"Phoebus, il est trop occupé à pendre celle qu'il aime et à prendre celle qui l'aime. Gringoire, je suis jalouse de sa poésie. Et fan. Clopin, il est aussi fou que moi, ça me déprime... Quasimodo, il est trop chouette !!! Mais il est mort avec Esmeralda... Fleur-de-Lys, elle est d'une jalousie mortelle et meurtrière. Une question est soulevée, à laquelle il serait peut-être plus malaisé de répondre que de prime abord : les oiseaux qu'on met en cage peuvent-ils encore voler, les enfants que l'on outrage peuvent-ils encore aimer ?"
Voilà comment j'ai donné mon premier cours.
16 août 2011.
*Deuxième partie : Lune de mes nuits*
Quelques mois plus tard, nous étions devenus de bons amis, passions du temps ensemble en dehors des cours, et surtout, surtout, nous discutions sincèrement. Chose nouvelle pour moi, qui n'avais jamais rien su de la conversation entre deux personnes réelles, habituée que j'étais à discuter uniquement avec moi-même. Avec lui, j'appris à lire dans les regards, à apprécier chaque instant, à voir les gens, à être peut-être moins solitaire, renfermée, éloignée des autres. Mon monde s'ouvrait peu à peu à l'extérieur. J'apprenais tout à coup ce que voulaient dire confidence, amitié, volonté, et admiration. Ma vie ne se résumait plus à des journées défilant lentement, défiant les lois du temps, à des courses effrénées pour lutter contre la menace de me voir grandir.Ah oui, il faut que je précise : j'ai toujours voulu rester une enfant. Grandir ? C'est pour les autres. Pas question pour moi d'oublier d'être enfant, d'oublier qu'un enfant ne peut pas éprouver de sentiments amoureux, qu'un enfant ne peut pas comprendre les méandres de l'âme humaine, encore moins ceux de la pensée.
Encore persuadée de parler à un être angélique, je dis tout de ma vie. Je n'avais jamais rien révélé concernant mon "moi" profond à personne. Cet ange était donc le premier à me connaître un tant soit peu.
Le temps passait, et je le voyais toujours comme un ange. Le matin, on s'envoyait des sms à ne plus finir, jusqu'à se retrouver devant le lycée. Nous passions la journée ensemble, entre chaque cours. Le soir, on se parlait par téléphone ou par internet, se couchant à plus d'heure juste pour quelques minutes de plus en sa compagnie je restais devant cet écran blanc que je hais pourtant. La nuit, je rêvais de lui, imaginant qu'il m'emmenait voler au-dessus de la ville, me rendant aussi invisible que lui aux yeux des autres, ou bien cauchemardais, craignant qu'il ne doive un jour retourner parmi les étoiles. Chaque instant de ma vie n'était que langueur, l'attendant, chaque parcelle de mon corps, de mon coeur attendait à lui, il faisait vibrer mes pensées, les empêchant de continuer leur cours, virevoltant et tournoyant, en attente d'un nouvel instant en sa compagnie irréelle.
J'ai parfois cru qu'il existait. Que c'était bien un garçon de mon lycée, qui me parlait, qui me voyait.
Bien sûr, la rencontre de ce cet ange venu vers moi fit naître une passion dévorante, qui à son tour donna naissance à toutes sortes de tentatives malheureuses et malhabiles de poèmes plus insipides les uns que les autres. Cependant, aussi inintéressants qu'ils soient pour les autres, ils devenaient merveilleux pour moi, car je savais qui en était le véritable auteur. Cela donnait enfin un sens à mes absences.
Ce matin-là, un visage rayonnant me faisait face. Cette personne près de moi semblait aussi heureuse que moi. Oui, particulièrement heureuse étais-je ! En effet, on était mercredi, jour de pique-nique angélique. Je le retrouvai au lieu de rendez-vous habituel pour nos sorties, sous un arbre. Un peu en retard, il arriva en courant vers moi. Puis nous partîmes en direction d'une petite rivière coulant en forêt. Cadre idyllique, gazouillis d'oiseaux, clapotements de la rivière, bruissement des feuilles au passage de petits animaux craintifs, écureuil à la recherche de denrées à cacher, accompagné de son cortège de coléoptères. Nous savourons plus le paysage que le repas. Fin d'après-midi, il nous fallut chacun prendre le chemin du retour, salut Jean-Sébastien et à jeudi prochain. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, le chemin fut fort agréable. La joie qui se dégageait de ces deux petits êtres cheminant côte à côte était communicative, si bien que les passants nous regardaient en souriant, attendris.
Le lendemain fut synonyme de rebondissements.
24 septembre 2011.
*Troisième partie : Astre lunaire luminescent*
Le lendemain, donc, je marchais tranquillement et posément en direction du lycée. En fait, je me hâtais et pressais le pas de peur de voir écourté de quelque temps que ce soit mon entrevue angélique. J'arrivais à l'école bien en avance, ralentissais donc, et regardais autour de moi, prenant enfin conscience du monde infâme qui m'entourait. Je ne le savais pas encore, mais j'allais sous peu le trouver infâme. Quelqu'un en face de moi riait aux éclats, comme moi d'ailleurs, même si je n'en avais cure. Les masques pouvaient tomber, je m'en fichais bien, car j'avais dans le coeur un bonheur indicible, qui au creux de mon oreille susurrait des mots tendres, des espoirs délectables mais tus. Quand viendrait l'heure d'aller en cours d'anglais, j'y foncerais tête baissée mais pas seule. La joie inondait mon coeur en ce jeudi matin. La journée passée se rappelait à mon bon souvenir, laissant comme un goût sucré sur mes lèvres. Je m'empressais de rechercher activement mon bel ange, que je ne voyais toujours pas. Inquiète, je me tournais dans toutes les directions, lorsque je m'aperçus qu'un groupe informe et très hétérogène fonçait droit sur moi. Pas possible, j'allais finir piétinée par un troupeau d'éléphants en plein milieu d'une cour de lycée avant même d'avoir pu revoir l'ange céleste à qui je donnais des cours d'anglais et qui possédait mon numéro de téléphone. Quelle réalisme, quelle réalité, quelle crédibilité, vraiment. Tandis que j'enregistrais ces sombres pensées amusantes, j'analysais les informations qui se présentaient à mi, concernant cette horde hurlante. En fait d'éléphants, je voyais en face de moi des être humains. Du moins, à première vue. Ils arrivèrent enfin près de moi. C'étaient bien sûr les mêmes que les jours précédents, horde sauvage, dont je ne me rappelais toujours pas les noms. Ils m'entouraient à présent, j'étais étouffée sous leur masse, mais ils n'en avaient bien sûr pas idée. Puis l'un d'eux prononça le nom de mon ange. Je me retournai soudain, paniquée d'avoir raté rien qu'un mot concernant l'être magique, et demandai très poliment et très calmement de plus amples explications. Quoi, qu'as-tu omis d'admettre, qu'ai-je omis de savoir, tu aurais des informations plus précises que les miennes alors que c'est MON ange ? Mais non, bien évidemment : quoi, qu'est-ce t'as dit, j'ai pas fait gaffe, vieux, tu veux pas répéter vite fait ? Plus sommaire, plus terre-à-terre. Plus compréhensible de la race humaine. L'attente à son paroxysme, patience insoutenable, j'attendais sa réponse, lorsqu'un coup de poignard me transperça le coeur. Mes cheveux se dressèrent sur ma tête, mes bras se hérissèrent, mes jambes tremblèrent, mes pieds se dérobèrent. Mes yeux tournèrent, mes mains me lâchèrent, mes lèvres s'ouvrirent sur un cri silencieux, mon coeur tomba, loin, très loin de moi, en compagnie de ce qui aurait pu me rester de cervelle. Je tombai dans un coma profond, duquel je ne devais jamais ressortir. Tout ceci se produisit en une fraction de seconde à peine, et personne ne put le voir. Ce qu'ils surent, en revanche, contrairement à moi, c'est que ma mâchoire tomba, que mes yeux s'écarquillèrent, et que je faillis donner un coup de poing à cet ami inconnu, persuadée qu'il avait menti. Qu'avait-il bien pu m'asséner, me direz-vous, pour qu'ainsi je réagisse ? Oh, simplement que mon très cher et immortel ange était malade. La nouvelle tomba, tel un couperet, tranchant ce qui me faisait office de coeur. Malade ? Cela signifiait qu'il allait bientôt retourner dans son royaume. J'étais pétrifiée. Terrorisée. Accablée. Brûlée. Cassée. Tuée. Et ée. La journée passa, longue comme jamais, les secondes s'égrenaient tranquillement, lentement, cruellement, mortellement. Elles se couplaient, s'entassaient, s'empilaient. Elles formaient de temps à autre une minutes, enchaînement si long, lent, lourd, que je ne parvenais à garder le compte. Vendredi matin. J'espérais de tout coeur qu'il soit revenu, je priais même qu'il ait eu un devoir à accomplir la veille, pour ne pas avoir pu être présent. J'attendais, je priais, je criais, je me languissais, sans rien laisser paraître. Une minute, puis deux, cinq, douze, vingt-sept... Toujours rien. Trente minutes, la sonnerie retentit. Il n'avait toujours pas réapparu, il n'était pas reparu. L'attente interminable dût durer jusqu'au lundi. J'avais perdu tout espoir, ou presque. Mais soudain, là, ce rayon de soleil, n'était-ce pas... Mais oui, lui, il était là ! Le bloc qui oppressait ma poitrine se disloqua, la boule qui obstruait ma gorge se liquéfia, la corde qui entravait mes bras se délia. Je courus à lui, lui dis tout ce qu'il m'avait manqué, débitai toutes sortes d'âneries, de plaidoiries, de cajoleries, de riz... Puis je m'aperçus qu'il ne m'écoutait qu'à moitié, tu as l'air préoccupé qu'y a-t-il, oh rien de bien grave je n'osais t'en parler, de peur d'une réaction trop peu exagérée, d'une émotion sans intensité je vais déménager. Voilà ce qu'il me débita. Tout d'un bloc. Le temps s'arrêta. Le fil qui retenait ma vie se brisa. Des larmes invisibles se glissèrent entre la réalité et moi, rideau infranchissable. Un coup de canon ne serait pas parvenu à réveiller mes sens. J'étais anéantie. Je croyais l'avoir retrouvé, c'était pour mieux le perdre. Il retournait à son oeuvre, là-haut, pour toujours. Il me laisserait me morfondre, me mourir.Je ne le reverrais jamais. Cette nuit-là, je ne dormis pas. Cette nuit-là, je ne fis rien. Cette nuit-là, ma vie cessa. Cette nuit-là, je perdis ce qui me restait de rage de vivre. Cette nuit-là, ma vie s'écoula avec mes larmes et mon sang. Cette nuit-là, ce fut la fin de moi.
8 octobre 2011.
*Quatrième partie : Rien ne sert de courir*
Un jour, dans une petite ville de ce pays lointain... Non, pas si lointain, pour ses habitants tout au moins.
Oui, l'histoire aurait pu commencer ainsi. Mais ce n'est pas la façon dont j'ai volé les droits pour bâtir ce récit. Car l'histoire, vous la connaissez. Du moins la connaîtriez-vous si vous aviez bien attentivement lu les trois premières parties, ce que j'ose, peut-être inopinément et à tort, espérer. Cette histoire, elle semblait terminée avec les dernières lignes de la dernière partie. Cependant, cette fin n'en était pas une. Non, le sang qui s'écoule avec la vie ne fait pas référence à un suicide. Le sang était simplement un autre fluide corporel, qui venait compléter les larmes.
Le lendemain, il fallut pourtant se rendre au lycée. Je n'étais pas prête à revoir ces visages moqueurs et ces regards supérieurs, à les supporter. Le sourire aux lèvres, ils chantaient ensemble les vacances approchantes, ils pépiaient à qui mieux mieux d'insoutenables refrains. Le réveil fut dur, sinon impossible, puisque sommeil il n'y avait pas eu. Le lever, insurmontable, la douleur m'accablait. Quelqu'un face à moi se riait de ma tristesse, les yeux rouges et le teint pâle. Quelqu'un face à moi voulait me voir tomber, m'effondrer. Je ne lui ferais pas cette joie. Sortir de la maison, marcher, partir. Courir. S'arrêter, repartir, en arrière, recommencer. Arriver en vue de la destination. Ralentir. Accélérer. Ralentir. Accélérer. Ralentir. S'arrêter. Regarder. Oublier. Mission accomplie. Je me dirigeais comme un fantôme vers cet ange qui m'avait fait vivre et qui à présent m'assassinait, traîtreusement, par derrière, sans prévenir. Consciente de passer mes derniers instants en sa compagnie, j'étais attentive à ne rien laisser paraître de mes émotions, de ma détresse. Il ne s'y laissa bien évidemment pas piéger, mais fit tout comme. Ce jour-là, pour la première fois de ma vie, je n'ai pas assisté à tous mes cours de la journée. J'ai passé un après-midi entier en compagnie d'un être irréel et imaginaire, magnifiquement inexistant. La plus belle journée de ma vie. Mis à part le fait qu'il partait le jour suivant. Je revivais, je vivais enfin, Je voyais le temps, les gens. Les gens, qui ne prêtaient guère attention à nos faits et gestes, les gens qui ne nous voyaient pas vraiment. Le temps, lui, fila à une vitesse folle. Soudain, je vis le ciel. Noir. Les étoiles. Brillantes. La lune. Pleine. il était déjà huit heures. Déjà neuf heures. Déjà dix heures. Il était l'heure de rentrer, et bien plus encore. Nous nous quittâmes sur les grèves de la Seine. Ou du moins, les bords d'une petite rivière. Dire adieu à la vie, dire bonjour à l'ennui.
Ce jour-là, l'ange est parti. Arrivée chez moi, je n'eus plus conscience de rien. Les évènements qui arrivèrent par la suite, je ne les connais que parce qu'on me les a racontés. Je marchais au radar, le sommeil m'avait fuie, je voulais m'mettre à boire, me j'ter au fond d'un puits. Non, je n'étais pas une chauve-souris qui aimait un parapluie. Juste une fillette qui avait de nouveau peur du noir et de la nuit. Une fillette qui attendait après un être qui n'était pas. Les jours passèrent, moroses, tranquilles, semblables. Tous les garçons et les filles de mon âge se promenaient dans la rue, deux par deux. Tous les garçons et les filles de mon âge savaient bien ce que c'était qu'être heureux. Les yeux dans les yeux, amoureux. Oui mais moi, j'allais seule, par les rues, l'âme en peine. Oui mais moi, j'allais seule, car personne ne m'aimait. Nuit et jour, que d'ennui, de joie, pas l'ombre. Matin et soir je faisais peine à voir, ô mon étoile, viens allumer mon soleil noir. Le temps passa, le jour fila, la nuit tomba. Toutes ces choses s'enchaînaient, sans que je sache comment, sans que je m'en rende compte. Tout cela s'est passé il y a bien longtemps, plus de jours que je ne peux en compter.
Aujourd'hui, cela fait bien longtemps que l'ange est parti. Devant moi, un visage triste apparaît. Encore ce visage. Il semble anéanti, toute volonté annihilée. A présent, je sais qui est là, face à moi. C'est mon reflet à l'esprit brisé, que je vois sur ce miroir fissuré.
9 octobre 2011.
*Cinquième partie : Revirement inconsidéré*
Cette histoire se passe bien longtemps après ce que j'ai raconté.
Automne. Un matin de brume, soleil perçant à peine, l'astre lunaire partant en voyage, une étoile filante est tombée près de chez moi. La voyant descendre, je courus à la fenêtre, puis réalisant que je verrais mieux du jardin, je sautai par-dessus la balustrade, atterris stupidement dans l'herbe moelleuse, continuai ma course vers ce qui semblait un bon point d'observation. L'étoile filante filait, et filait le temps effilé. Encore enfant dans mon coeur, je fis acte de puérilité en accomplissant ce geste si attendrissant qui consiste à faire un voeu en voyant une étoile filante. L'objet de mes convoitises descendait rapidement vers la Terre. La chaleur se fit intense. Je voyais l'astre s'approcher, je ne m'écartais pas. Bientôt, mon corps brûla tant la température s'était élevée. L'étoile s'écrasa à quelques mètres de moi. Fracassant bruit de roche en fusion éclatée, du choc avec le sol, du socle du roc. Délicieuse explosion des sens, j'écoperais sans aucun doute d'un affreux mal de crâne après ce stupide geste. Surprenantes, ces aspérités à la surface de la roche. Il faudrait que je me renseigne là-dessus. Mais elles s'estompèrent bientôt, peut-être encore une fois le fruit de mon imagination délurée. L'étoile semblait vivante, elle remuait sous la chaleur. Ce n'était sans doute que la dilatation provoquée par la chaleur. La dernière chose dont je me souvienne, c'est d'avoir vu la roche fondre, et quelque chose en sortir...
Dans le froid de la nuit, un enfant s'est endormi. Un enfant innocent, qui ne demandait rien. Un enfant qui jamais plus ne verra le soleil se lever doucement. Un enfant qui jamais plus ne pourra jouer avec ses amis. Un enfant si fragile, si subtil. Un enfant qui ne s'est pas réveillé... Dans nos rues déjà froides, un enfant a vécu, une lumière s'est éteinte. Mais les températures hivernales les plus extrêmes ne pourront rivaliser avec la moindre parcelle de glace qui constitue nos coeurs. Des passants ont vu, ont entendus les gémissements, ont su ce qui arrivait; mais n'ont rien fait. Des hommes et des femmes sont passés devant l'enfant qui déjà s'endormait dans la mort. Ils n'ont rien dit, se sont contentés de détourner le regard, ou de n'en lancer aucun au petit corps déjà froid. Le coeur dur et froid des hommes est sans pareil.
Matin d'été. Le soleil darde ses rayons à travers la fenêtre sans rideaux. Un vent doux souffle au dehors, on l'entend faire frissonner les feuilles des arbres. Un petit oiseau s'est posé sur une branche et chante doucement. Une feuille tourbillonne dans la fraîcheur de ce début de matinée. La jeune fille est dans son lit, elle se réveille à peine. Ses cheveux blonds formant une auréole scintillante autour de son visage aussi pâle que les draps. Une fleur vermeille était éclose sur cette plaine immaculée. Une douce brillance s'immisce dans la pâle clarté de ce lit à peine défait. On eût dit qu'une princesse avait dormi là, tant les draps étaient ordonnés, à peine froissés. Une pensée traverse la chambre, tel un souffle d'ange. Une présence enrobe la jeune fille. Elle ouvre les paupières, apaisée, comme protégée. Se redressant sur le doux matelas, elle repousse la couverture qui la couvre encore. elle passe sa main dans ses cheveux, les secoue. Ses yeux ressemblent à une aquarelle, pure, divine. Soudain, un souvenir. Une douleur. Et une pensée, bien plus douloureuse encore : "Pourquoi est-ce que j'éprouve tant de plaisir à faire souffrir ceux qui m'entourent ?"
Dans un coin de la chambre brûle un feu de cheminée. Des bouts de papier calcinés s'y baladent. La jeune fille approche ses mains fantomatiques de l'âtre, et y plonge ses doigts squelettiques.
La pensée, la douleur, l'idée, la question, se font plus précises. "Pourquoi ceux qui m'aiment sont-ils destinés à souffrir, par ma faute ?"
S'approchant de la fenêtre, elle aperçoit au loin un lac, derrière une forêt. Un écureuil joue à cache-cache dans les buissons. Surplombant ainsi tout le paysage, elle se dit qu'elle doit se trouver drôlement haut.
Pourquoi soudain ses yeux se mettent-ils à pleurer ? Pourquoi son corps tout entier est-il saisi de convulsions violentes ? Pourquoi son ventre et sa gorge se liguent-ils contre elle pour la faire vomir ? Pourquoi a-t-elle subitement si froid ? Pourquoi ses jambes ploient-elles sous son poids, pourtant si négligeable ?
Pourquoi ne se souvient-elle de rien ?
Une voix. Des cris. On la soulève. Elle hurle, se débat. Griffe, mord. Grogne, meurt. Est-elle folle, docteur ? Sans aucun doute, madame. Une aiguille. Une goutte de sang. La plaie ne se referme pas. Est-ce déjà (encore) la fin de cette enfant ? Son crâne est ouvert. Elle a dû se cogner la tête en tombant. Mais pourquoi diable s'est-elle approchée de cette fenêtre ? Et pourquoi l'infirmière ne l'avait-elle pas clouée, la fenêtre en question, pour éviter ce genre d'accident ?
Une mare de sang l'entoure. Cauchemar ?
Indicible torpeur. La douleur s'empare de nouveau de son coeur, de son corps. Ce qui l'attend ? La mort. Encore.
Et puis, non. Elle ne veut pas mourir. JE ne veux pas mourir. Ce saut devait être ma libération. La mémoire me revient. Petit oiseau a voulu ouvrir la cage, mais s'est arraché une aile... Quelle importance ? Elle est libre, à présent. Je suis libre. Ils me portent sur une civière ? La belle affaire ! J'en ai maté de plus coriaces ! Choisir le bon moment. Ah, il a tourné la tête. Plus personne ne fait attention à moi. "Salut, les gars, ou plutôt adieu ! Moi, j'me tire !"
Un bruit de cavalcade. Elle ne se retourne pas. Ils semblent gagner du terrain, mais qu'importe ? Elle est seule, elle est libre, à présent. Le bonheur a un prix, apparemment. Des coups de feu. Ils ne lâchent pas l'affaire, ma parole ! Mais mes jambes fines, certes encore frêles après ces longs mois d'hospitalisation, lui permettent de les devancer. Ils veulent la saisir, ils ne m'auront pas ! Comment croient-ils que j'aie réussi à les faire tourner en bourrique ? Elle est très douée, quand elle veut.
Mais, elle.. Je... Oh, si elle commence à développer plusieurs personnalités, ça va mal finir... Pourquoi commence ? Je le fais depuis longtemps... Toi, peut-être, mais moi, pas ! Oh ça va, monte pas sur tes grands chevaux... Encore un délire psycho-poétique, hein ? Pas du tout ! Artistico-psychotique ! Mais tu veux me rendre folle, ma parole ? Ah ça, je ne dis pas, mais ils s'en sont déjà bien occupés, à l'hôpital, pas vrai ? Elle ne voulait pas se taire, j'ai été obligée ! Elle me faisait mal à la tête... C'est pour ça que tu l'as poussée ? Que tu NOUS as poussées ? Nous partageons ce corps depuis si longtemps, il faudrait peut-être songer à le faire plus calmement, en toute amitié... La ferme ! On t'a pas sonné ! Qu'est-ce qui te prend ? Il n'a rien fait ! Il m'en veut depuis toujours ! Tu me détestes ! Qu'est-ce que tu... HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!
23 avril 2012.
*Sixième partie : Retour d'un ange*
Le temps a passé. Le sang a coulé, de cette blessure profonde qui atteignait presque le cerveau, et des autres. Les cheveux d'or poussaient, plus foncés, pendant que le coeur s'éclaircissait, s'éclairait d'une lumière pure. Les yeux, tantôt bleus, tantôt verts, tantôt gris, parfois même marron, semblaient presque transparents, bien plus clairs qu'avant, tant l'esprit avait été embrumé. En ce jour magique, le ciel était clair, le sol également, recouvert d'une pellicule immaculée. Un minuscule monticule de poudre d'ange s'était formé sur le sommet du crâne, pendant les quelques instants passés sur cette place, immobile. Mais le temps était venu de partir. Le paysage défila, plusieurs jours de suite. Des souvenirs, des émotions, des sensations... Un éclair bleu. Vite, oublier tout ça... Il ne faut pas fixer les gens.
Nouvelle année, des découvertes, des joies et des peines. Progresser, grandir. Et, subitement, se rendre compte qu' "elle", c'est "moi".
Je voyais la vie derrière un masque. Depuis le départ de l'ange, je ne vivais que par procuration, je ne ressentais rien. J'avais renoncé à tout. Mes rêves n'existaient plus, seul le souvenir me hantait, et l'angoisse, le remord de n'avoir rien fait pour le retenir.
J'avais déménagé à la fin du lycée, afin d'éviter de croiser sans arrêt les lieux qu'avec lui je fréquentais. Chaque jour était semblable au précédent, morne, sans saveur ni couleur.
Et puis un matin, derrière le flot de gens étranges qui peuplent une ville, j'aperçus un rayon de soleil. Une mèche blonde, un éclair doré, une vague translucide qui m'atteignit en plein coeur.
Une succession de bonheur bouleversa ma vie, et chaque jour, je revoyais cette cascade blonde. Un matin, l'éclair bleu du passé me frappa de nouveau. C'était donc lui... Mon ange était revenu des cieux, sa mission était accomplie, il avait parcouru les kilomètres pour me retrouver. Une joie sans fin, un bonheur sans faille, une plénitude que je ne pouvais expliquer à personne.
Je ne parvenais cependant pas étouffer les trémolos de ma voix, les tremblements de mes mains, les frissons d'excitation qui parcouraient mon échine, les sourires béats et infinis qui prenaient place sur mon visage. Je décidai donc d'expliquer mon état par ma célèbre folie.
Mais le bonheur me semblait insaisissable, presque impossible, et tellement fragile, que je décidai de laisser les choses se faire. Je me contentai donc de regarder celui qui semblait encore plus angélique qu'auparavant, sans chercher à m'en approcher. J'attendais impatiemment le moment où, en souvenir d'une tendresse, il se retournerait vers moi. Nous avions été si proches, nous nous connaissions si bien, c'était une parfaite alchimie que nous offrions aux regards curieux qui nous observaient, à l'époque.
Mais la vie sépare ceux qui s'aiment, tout doucement, sans faire de bruit, et la mer efface, sur le sable, les pas des amants désunis. Et il était parti. Il avait disparu de ma vie, durant de longues années.
Simplement, nous n'étions pas si différents : nous étions deux anges, sur Terre, un ange perdu et l'autre guide...
C'est sans doute pour cette raison qu'il m'avait retrouvée. Il s'envola, et un tourbillon me souleva à sa suite. Nous surplombions toute la morne activité des vaillantes fourmis humaines sans un regard.
Sur la rivière de notre enfance, nous nous prîmes la main, tout doucement. Sans un mot, je le regardai, passionnée par la couleur de sa peau, quel goût pouvait-elle bien avoir; par la couleur de ses yeux, comment étaient-ils lorsqu'il pleurait, pleurait-il seulement; par la couleur de ses cheveux, le vent les lui volait-il; par la couleur de son âme, étais-je son âme sœur.
Écoutant, dans mon esprit, les questions qui me torturaient, il me prit dans ses bras, et je compris, en regardant ses yeux, qu'il m'avait choisie, moi, dès le premier jour. L'aube d'une ère nouvelle s'ouvrait à moi, qui sait, peut-être était-ce ça, le bonheur...?
Le bonheur, ce n'est en fait pas bien compliqué, il suffit d'un ange, d'un peu de hasard, d'un peu d'espoir, et surtout, de vie...
Le bonheur, il vous bondit dessus soudainement, sans qu'on le voie venir. Le bonheur, il vous prend dans ses bras et vous cajole sans raison. Le bonheur, il s'attache à vous, et on ne veut plus s'en défaire.
Un récit énigmatique ne saurait être une fiction, l'aube de ma vie s'avança donc dans le soleil, la clarté de son âme était mon essentiel, mon univers devint ce bleu limpide. L'ange était bien réel, depuis le début.
J'étais à présent une jeune femme, et je replongeais pourtant en enfance, loin, très loin des soucis de la vie, dans ces mercredis après-midis où l'on se complaisait à parler Anglais. Les souvenirs se bousculaient dans ma tête en cet instant, les espoirs que j'avais abandonnés, les visages que j'avais effacés.
Après tant d'années, j'avais enfin retrouvé cet ange qui peuplait mes rêves depuis notre première rencontre. La vie me souriait enfin.
Sous ses lèvres douces, ma vie commença.
FIN
3 mai 2013.